Le château

Le Fort La Latte d’abord appelé château de la Roche Goyon a été édifié au XIVe siècle.
Pourquoi?

  • Le contexte est troublé, la Guerre de Succession de Bretagne fait rage (1341-1364). À cette époque, des châteaux forts sont remaniés ou construits (Tonquédec, La Roche Goyon…).
  • Étienne Goyon, seigneur de Matignon, le constructeur du château, a reçu de son suzerain (d’abord Charles de Blois, puis le duc Jean de Montfort, Jean IV) l’autorisation de fortifier et les moyens d’assurer cette fortification.

Un château fort est chargé de symboles, il a plusieurs fonctions:

  • une fonction militaire : on s’y réfugie, on en fait le siège,
  • une fonction résidentielle: le seigneur y vit avec sa famille, la construction témoigne de la puissance seigneuriale,
  • une fonction politique: le château est le siège du pouvoir (royal, ducal, seigneurial),
  • une fonction économique: c’est un centre d’activités.

Les ornements

Le château fort a été remanié au cours des siècles mais les éléments architecturaux du XIVe siècle, qu’ils traduisent un souci ornemental ou un souci défensifs, sont toujours en place.
Le château doit flatter le goût du constructeur.

Arc brisé dit en tiers point des portes (1er pont-levis, 2éme pont-levis, entrée du donjon).

Une sculpture présente:

    • Décoration trilobée ou en trèfle stylisé sur les linteaux du chemin de ronde du donjon et corbeaux à triple ressaut soutenant le parapet de ce même chemin de ronde du donjon.
    • Les symboles des Évangélistes sculptés à même la maçonnerie du donjon indiquent les points cardinaux, ils sont aussi les symboles de la chrétienté. Ange de SaintMathieu à l’ouest, lion de Saint Marc au sud, aigle de Saint Jean à l’est, boeuf de Saint Luc au Nord. L’ange et le boeuf sont remarquablement conservés.

 

La résidence

La grande salle du donjon du 1er étage sert de lieu de résidence au seigneur et à ses proches. Elles est aménagée pour la vie de tous les jours et le confort (de l’époque) de ses habitants:

  • Les latrines (lieux d’aisance) dans l’épaisseur de la muraille de cette salle seigneuriale.
  • Pour le confort, une grande fenêtre est percée au sud dans cette salle avec des coussièges de chaque côté de l’embrasure. Les coussièges sont des banquettes en pierre aménagées dans les embrasure des fenêtres au Moyen Âge et pendant le Renaissance.
  • Pour se chauffer une grande cheminée dont les sculptures (base polygonale et colonnettes) décorant chaque côté sont caractéristiques du XIVe siècle.

La chapelle, dédiée à Saint Michel, fut fondée en 1420 et desservie par un chapelain relevant de l’Abbaye de Saint Aubin des Bois. Cette abbaye cistercienne était située dans la forêt de la Hunaudaye, en Plédéliac. Les Goyon en étaient d’importants donateurs. On ignore l’emplacement de cette première chapelle. Le siège de 1597 pendant les guerres de la Ligue a beaucoup endommagé le château fort et sa transformation en fort de défense côtière entre 1690 et 1715 a contribué à l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. La chapelle actuelle, du XVIIIe siècle a été profanée pendant la dernière guerre et son mobilier brûlé. Le retable actuel est composite avec des éléments du XVIIIe (colonnes torses) et du début du XIXe (parties soutenant les colonnes). L’autel est du XIXe siècle. Elle a été rendue au culte en 1959.

 

La défense

Les assaillants étant toujours plus nombreux que les assiégés, un château fort doit pouvoir résister aux sièges et aux assauts. La défense naturelle est très recherchée (gués, ponts, promontoires) La Roche Goyon dispose de tous les éléments défensifs:

  • il épouse la forme de la presqu’île sur laquelle il a été bâti,
  • une première cour (barbacane*) avant d’atteindre la partie principale du château,
  • les portes sont particulièrement défendues par un pont-levis, une herse et en arrière de celle-ci l’assommoir*. Le pont-levis* est à contre-poids permettant une manoeuvre rapide,
  • en arrière du pont, la herse barre le passage,
  • les archères (ou meurtrières), sont prévues pour le tir à l’arc ou à l’arbalète,
  • des parties hautes (chemins de ronde ou sommet des tours) les défenseurs peuvent tirer sur ceux qui auraient franchi les obstacles précédents,
  • par les mâchicoulis* du donjon et des tours, on jette des pierres ou on tire à l’arc et à l’arbalète.

 

*Barbacane: désigne tout ouvrage extérieur relié à l’ouvrage principal.
*Assommoir: ouverture dans la voûte, devant ou derrière une porte, permettant le tir fichant (du haut vers le bas) ou le jet de pierre sur les assaillants. Il subsiste deux assommoir au Fort La Latte, le premier qui est bouché en arrière du deuxième pont-levis, le deuxième au dessus de la porte du donjon, sur le chemin de ronde.
*Pont-levis: Vers la fin du XIVe siècle le contrepoids remplace le treuil et permet une manoeuvre en moins d’une minute.
*Mâchicoulis: galerie extérieure en pierre courant le long d’un chemin de ronde. Les mâchicoulis sont composés de corbeaux à plusieurs ressauts (3 à la Roche Goyon, reliés entre eux par des linteaux ou des arcs qui portent le parapet (linteaux à la Roche Goyon).

Les armes de siège

Nous sommes à la Roche Goyon en 1379, le roi de France aimerait annexer la Bretagne. Le château ne peut être pris que par un siège. Une escouade détachée par Du Guesclin fait le siège à proximité du château, s’ils sont peu nombreux, les défenseurs le sont encore moins. Nos hautes murailles nous protègent. Nous avons des spécialistes qui nous défendent : ce sont les archers et les arbalétriers.

Du haut du chemin de ronde des pluies de flèches inondent les archers du roi de France (Charles V). L’arc est une arme de jet qui remonte à la plus haute antiquité. Cependant nos archers sont des gens d’armes très entraînés et très efficaces. Les plus habiles d’entre eux parviennent sans peine à atteindre une cible assez éloignée (90-100 mètres) et tirent 12 flèches à la minute… Ils sont suffisamment habiles pour dissuader l’ennemi d’approcher.
Les arbalétriers sont des gaillards redoutables et redoutés. L’arbalète est une arme si meurtrière que l’Église a tenté de limiter son utilisation. Au concile de Latran (1139), elle fut interdite entre armées chrétiennes mais permise contre les infidèles… Nous l’utilisons car elle est très perfectionnée. Pour tendre l’arc, on passe le pied droit dans l’étrier et on loge la corde de l’arc dans le crochet suspendu à la ceinture. Un redressement des reins amène la corde dans l’encoche de la noix. Si l’arbalétrier ne tire que deux carreaux à la minute, il manque rarement sa cible. La portée est d’environ 90 mètres. Comme l’arc, l’arbalète est une arme de jet.
Si l’ennemi muni d’échelles parvient au niveau du chemin de ronde, nos armes d’hast prennent le relais. Ce ne sont pas les flèches ni les carreaux d’arbalète qui réussiront à faire tomber les échelles. Les armes d’hast ont souvent des courbes qui permettent de saisir un objet ou de le faire choir.
Les armes d’hast sont des armes pourvues d’un long manche comme une lance. Ces armes servent également à désarçonner les cavaliers. On les appelle aussi fauchards car elles ressemblent à des faux.
Une masse d’arme nous a permis de rendre hors service un ennemi qui avait voulu rentrer par surprise. Pour assommer son homme elle n’a pas sa pareille.
Haches, dagues et épées complètent notre armement. Lorsque l’ennemi est dans la place nous ne lui faisons pas de quartier. Jeanne de Dinan, la gente Dame du seigneur ( Bertrand II Goyon, sire de Matignon), ne va pas hésiter, par les créneaux et les mâchicoulis des tours du châtelet de la deuxième entrée, à lapider les assaillants qui se hasardent dans la faille en contrebas.
Le donjon est le dernier refuge. Le seigneur et sa famille y sont à l’abri.

On y accède par un pont-levis surélevé. L’escalier qui y accède aujourd’hui ne date que du XVIIIe siècle mais les traces de pont-levis sont encore visibles: articulation du tablier et fentes pour accueillir les bras de la partie qui se lève.

L’entrée forme une souricière: de petites herses empêchent l’accès à l’escalier et à la salle des archers au rez-de-chaussée; au dessus la trappe de l’assommoir est grande ouverte et une pluie de pierres et d’objets lourds s’abat sur celui qui ose franchir le seuil.

L’escalier à vis (ou en colimaçon) s’enroule en montant vers la droite. Les assaillants tenant leur épée dans la main droite seront ainsi en position de faiblesse.

Un autre escalier dans la muraille permet d’accéder du rez-de-chaussée au premier étage.

Dans la salle seigneuriale, la famille de sire Bertrand est très protégée: au dessous la salle des archers et au dessus la très belle salle voûtée où se trouvent les gardes chargés du guet et de la défense.

De guerre lasse nous nous rendons. Peut être parce que Bertrand Du Guesclin est aussi un ami : nous avons tenu sa bannière à la Bataille de Cocherel contre Charles le Mauvais et l’avons accompagné jusqu’en Espagne dans la première campagne contre Pierre le Cruel. Nous avons bien failli mourir en Espagne. Nous y avons même rédigé notre testament.
Le roi de France va confisquer le château qui ne sera rendu à son propriétaire qu’en 1381 par le deuxième traité de Guérande qui met fin à le guerre de succession. Le fils de Bertrand II, Bertrand III, n’aura pas à défendre son château. Il ira prendre ceux de Caërmarthen et de Cardigan au Pays de Galles où il mourra en combattant pour Owen ap Griffith Fychan, Lord of Glunyfrdwy, soutenu par le duc d’Orléans. On voyage beaucoup à cette époque.
Au XIVe siècle commence à apparaître un engin de guerre qui fait beaucoup de bruit mais pas encore grand effet, bien moins que nos arbalétriers: le canon. Nous n’avons pas encore vu cet engin qui crache le feu mais nous avons ouï-dire qu’il est surtout craint par ceux qui le manipulent…
Cet engin bruyant sera promis à un bel avenir. À partir du XVe siècle, il deviendra de plus en plus performant. Les châteaux forts n’auront plus de raison d’être: les canons parviendront à percer les murailles et à casser les portes. D’autres fortifications prendront le relais. C’est une autre page d’histoire qui s’ouvrira. Le château féodal de la Roche Goyon sera ainsi transformé en fort de défense côtière sous Louis XIV. Au XVIe siècle, il prendra le nom de Laste ou Latte (nom du village avoisinant) et au XVIIe, il est connu sous le vocable que nous lui connaissons aujourd’hui: FORT LA LATTE